Petit débat

Posté le 30 juin 2008

« Petit débat pour les « non-initiés « , les gens de l’extérieur, comme les autres…
par Thorrshamri * 

   On n’aborde pas ou presque, au sein de notre passion, la remise en cause de notre loisir…or, certains ne l’approuvent pas. Pourquoi?    Notre loisir est un milieu assez fermé qui demande pas mal de connaissances préalables, et un vocabulaire bien spécifique. Souvent, le grand public a pas mal de préjugés contre les gens qui « enferment » des animaux en vivarium. Certains médias (j’avais vu des émissions de télé allant dans ce sens, dont une mémorable animée par Bernard Tapie) affirment que nous sommes des gens cruels et égoïstes, d’autres comme des groupes écologistes « extrêmes » dénoncent même avec vigueur notre passion.    Voici donc une liste de préjugés, et mes réponses,pour vous aider en cas de besoin , soit si vous êtes terrario et que vous ne savez pas toujours répondre à nos détracteurs, soit si vous ne l’êtes pas et que vous vous posez des questions.

 - »Il serait mieux dans la nature »:
   Oui, dans certains cas. Sauf que dans la nature, les biotopes (milieux d’origine) de beaucoup d’espèces sont détruits par l’homme pour des raisons économiques, les forêts se réduisent de plus en plus…En captivité, pas de prédateurs, de quoi manger toute l’année, beaucoup de maladies peuvent être traitées et les parasites enlevés, donc l’espérance de vie d’un reptile captif est plus grande qu’un reptile sauvage et il est souvent en meilleure santé, dans des mains compétentes.

 - « Oui mais la sélection naturelle? » :
   Elle se fait malgré tout en terrarium…les animaux « non viables » ne survivent généralement pas longtemps.
Je rappelle par exemple qu’en 2 siècles de présence européenne et 5 siècles d’agriculture, Madagascar a perdu 90% de sa forêt primaire…beaucoup de reptiles et de batraciens sont très dépendants de leur milieu, conditions spécifiques que nous pouvons recréer en captivité. La terrariophilie a pour but de reproduire un maximum d’espèces chaque fois que c’est possible et contribue donc à la sauvegarde de certaines qui seraient probablement condamnées à court terme sans cela , en particuliers les espèces vivant dans des zones très réduites et menacées par les activités humaines, comme les geckos de Nouvelle-Calédonie du genre Rhacodactylus.

- »Tout ça n’est qu’une histoire d’argent et d’égoisme des propriétaires,c’est pour la frime »:
   C’est vrai pour certains mais la plupart des terrariophiles sont des gens responsables qui font cela par passion et non pour l’argent. Une passion n’a pas pour but premier d’être rentable…Ce forum oeuvre pour une vision raisonnée, responsable et à long terme de la pratique terrariophile et nous sommes loin d’être les seuls à aller dans ce sens. Nous sommes aussi des gens curieux qui apprenons de nos animaux, lisons et nous documentons énormément.

- »C’est la porte ouverte aux trafics d’animaux et à la maltraitance »:
   Un particulier qui achète un reptile a tout intérêt à ce qu’il soit issu d’élevages européens et américains: les bêtes sont ainsi en meilleure santé, ne nécessitent pas de longue et périlleuse acclimatation. Notre but est de faire cesser les prélèvements dans les milieux naturels et de préserver, voire de réintroduire dans leur milieu, nombre de populations. Le trafic d’animaux est le 3e au monde après les armes et la drogue, cependant 90% des amateurs de reptiles se refusent à participer ou à encourager tout trafic. Il est simplement déplorable que certains soient prêts à tout pour l’espèce de leurs rêves et s’il n’y avait pas des gens prêts à mettre des sommes folles pour telle ou telle espèce ou variété, il n’y aurait pas de trafiquants. De plus, les terrariophiles aiment leurs bêtes et il suffit de parcourir les forums pour voir que tous ou presque se renseignent pour élever au mieux leurs animaux, pour leur offrir des conditions optimales de captitivé.

 - »La captivité c’est cruel », « Il souffre pas dans ce petit espace? »:
   Les serpents par exemple vivent la plupart du temps sous leur abri, une vieille souche, une pierre et n’en sortent que pour manger. Ils n’ont donc pas un grand besoin de place et le fait qu’ils s’alimentent et qu’ils se reproduisent en captivité montre bien qu’ils s’adaptent bien à un espace relativement -mais raisonnablement, par rapport à leur taille et à leurs moeurs- réduit. Dès lors qu’il a des cachettes et qu’il n’est pas malmené par son propriétaire ou par d’autres collocataires, un reptile, passé la phase d’acclimatation, n’a pas de raison de stresser. Le stress des prédateurs et la compétition pour la nourriture en milieu naturel sont certainement plus « traumatisantes » pour lui.

- »Vous encouragez la disparition des espèces »:
   Faux dans la plupart des cas, pour toutes les espèces où la reproduction en captivité est pratiquée. Le commerce international est réglementé et des quotas annuels de prélèvement existent (Convention de Washington,Convention de Berne).C’est le B.A. BA de la terrario que d’être en règle avec cela. Seules quelques espèces populaires sont encore à l’heure actuelle massivement prélevées: phelsumas,varans des savanes,varans du nil,pythons royaux…Mais vu l’avancement des connaissances sur leur biologie et leur reproduction, notre voeu est que ce ne soit rapidement plus le cas. Nous encourageons d’ailleurs tout le monde à maintenir des espèces au moins par couple et de tout tenter pour leur reproduction.
 

 - »C’est un loisir élitiste »:
   Oui et non. Oui,puisqu’il demande du temps,des efforts pour se documenter sur des espèces peu connues du grand public, des connaissances sur l’anatomie, le comportement, la nourriture, les besoins de nos bêtes. Non, parce qu’il n’y a à priori aucune sélection par l’argent: on peut se débrouiller sans un investissement lourd avec du matériel cher du commerce, en bricolant un peu, et il y a des reptiles à tous les prix, de 5 à 500 000 euros…la moyenne se situant aux alentours de 50-150 pour un spécimen.

 - »Les terrariophiles sont des inconscients qui maintiennent des espèces dangereuses »:
   Il est difficile de faire des statistiques précises, mais nous sommes plus d’un million en France à posséder un reptile, un amphibien, ou plusieurs. Sur ce chiffre considérable, beaucoup ne maintiennent qu’un ou deux geckos, ou une couleuvre américaine ou un petit python, sans parler des tortues. Beaucoup de terrariophiles sont jeunes et n’ont de toute manière pas accès à de gros moyens et n’ont pas bien entendu l’accord de leurs parents pour maintenir ce qui est dangereux. C’est une petite minorité d’entre nous qui maintient des serpents venimeux et des mygales. Sur ce nombre réduit, beaucoup sont des gens responsables et conscients des risques et qui prennent un maximum de précautions. Ceci dit sur le forum, parce que d’une part le cadre légal est très strict-et heureusement- à ce sujet, et que d’autre part nous considérons que le risque zéro n’existe pas, donc qu’un principe radical de prudence et de réserve s’applique. Statistiquement, il y a beaucoup plus de chances de se faire mordre par un chien, ou de tomber d’une falaise, que de tomber nez-à nez avec une vipère dans la nature ou de trouver la mygale du voisin dans ses toilettes…
   Beaucoup de fantasmes sont entretenus sur les reptiles dans notre culture et dans l’imaginaire collectif; Ainsi, la toxicité des venins de nombreux serpents et mygales est modérée et les espèces vraiment dangereuses sont rares. Le cinéma qui montre des pythons géants ou des varans mangeurs d’hommes fait preuve d’une remarquable imagination, mais nous ne faisons ni partie de leurs proies naturelles, ni ne sommes suceptibles de rencontrer de tels « monstres », même au coeur de la jungle amazonienne. Les seuls reptiles prédateurs de l’homme sont les gros crocodiliens. Je ne reviendrai pas sur nombre d’idées fausses, de la viscosité et de la « froideur » des serpents jusqu’aux caméléons censés prendre la couleur de leur support…Les espèces dangereuses ne sont pas toujours celles qu’on croit: nombre de tortues d’eau douce, grosses et agressives, présentent un danger bien plus grand qu’un boa de 2 mètres.Tout cela parce que les reptiles sont mal connus et on a toujours peur de ce qu’on ne connaît pas, ou de ce qu’on connaît mal. Or notre but, parallèlement aux scientifiques (certains d’entre nous sont d’ailleurs des scientifiques et on a trouvé chez les reptiles de nombreux « médicaments naturels », de la crocodiline jusqu’aux toxines des dendrobates utilisées à faible dose pour soigner les patients atteints de graves maladies nerveuses) est de mieux renseigner et de mieux faire connaître ces animaux que nous aimons.    Dans un monde où les médias ont le pouvoir, il est crucial pour la survie de notre passion, qu’elle sorte de l’ombre et soit enfin considérée de manière objective.

* Administrateur du forum terrariophile des http://dragonsdasgard.actifforum.com :

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